De la démocratie participative. Sans partis politiques et sans élections.

– Jean Laliberté, « Réinventer la démocratie. Pour une démocratie participative sans partis politiques et sans élections, Les Éditions du Septentrion, août 2011.

Dans un système politique libéré du joug des partis politiques et des groupes de pression

Vincent Lemieux:

« À la base des institutions de la démocratie participative, il y aurait des Regroupements pour la bonne gouvernance réunissant des membres qui ne cherchent pas à défendre leurs intérêts personnels, mais qui désirent avant tout travailler au mieux-être de la société. Chaque regroupement serait centré sur un domaine d’intérêt particulier. Certains fonctionneraient en français, d’autres en anglais. Les groupes d’intérêt et les mouvements politiques continueraient d’exister, mais le lobbying n’aurait plus sa raison d’être.

Un Conseil pour la bonne gouvernance serait institué par l’État. Il aurait pour rôle de faciliter la création et le fonctionnement des Regroupements. Ses membres seraient nommés par une Assemblée nationale formée de délégués qui viendraient des Regroupements et qui seraient choisis au hasard.

Des crédits de gouvernance seraient attribués au regroupements par le Conseil de la bonne gouvernance, à partir surtout d’un rapport annuel. D’année en année, les crédits seraient révisés à la hausse ou à la baisse selon les résultats des regroupements.

Dans le projet de l’auteur, l’Assemblée nationale élit un président qui porte le titre de Chancelier. Il est à la fois président de l’Assemblée et le chef d’un exécutif qui a une autorité moindre que le pouvoir exécutif actuel. Dans la démocratie participative proposée par l’auteur, le pouvoir exécutif est totalement subordonnée à l’Assemblée nationale. »

– Cette réforme a pour elle été formulée à une époque où les partis politiques sont discrédités et où l’abstention est élevée un peu partout dans les démocraties dites électives.

-Ajoutons que, dans cette réforme, toute influence de l’argent est absente du processus.

-L’obstacle principal à l’implantation de la démocratie participative est la disparition du droit de vote.

 

Jean Laliberté:

« À travers toute la planète, la démocratie est aujourd’hui considérée comme une valeur fondamentale, à l’égal de la justice et de la liberté. Il n’en a pas toujours été ainsi cependant, car jusqu’à une époque relativement récente, la démocratie était, pour les bien-pensants, une idée subversive. Les élites considéraient que seule la monarchie était légitime, le pouvoir des rois étant censé émaner directement de Dieu. »

« Il existe, comme nous le verrons plus loin, bien des exemples de dictateurs qui font plus pour leur peuple que bien des démocratie. Dans des pays où la démocratie est un acquis de longue date, c’est parfois l’excès de démocratie qui pose problème.

– L’absence du droit de vote rendrait difficile aux membres de la démocratie participative d’accepter de payer des taxes sans qu’il y ait compensation dans l’ordre de la représentation. Aux États-Unis, par exemple, les initiatives populaires (référendums demandés par les électeurs) et le choix des candidats des partis au moyen de primaires ouvertes à tous les électeurs ont eu pour conséquence de conférer un pouvoir énorme à toute une classe de communicateurs et d’agents de relations publiques professionnels, de lobbyistes, de sondeurs et d’activistes, en plus d’assurer la prédominance de l’argent dans le processus politique.

– Dans les pays occidentaux, on constate un paradoxe: bien que la démocratie soit fortement valorisée, les institutions démocratiques sont décriées. Les partis politiques, en particulier, ont perdu toute crédibilité. On leur reproche de mal représenter l’opinion des électeurs, de perdre leur temp en querelles inutiles et d’utiliser des techniques de financement illicites. Les élus sont perçus comme des gens qui on trop souvent recours à la langue de bois ou au mensonge et qui sont plus intéressés à défendre une ligne de parti que l’intérêt public. Le système politique semble être dominé par des groupes d’intérêts puissants qui réussissent à obtenir les faveurs de l’État en échange d’argent et d’un soutien aux partis politiques lors des campagnes électorales.

– Les élections, au lieu d’être l’occasion de discuter d’enjeux de fond concernant les politiques publiques, sont des affrontements axés sur la personnalité des candidats et des exercices de relations publiques et de marketing. Plusieurs reprochent aux médias de jouer le jeu de politiciens en privilégiant le côté spectacle de la politique et en mettant l’accent sur les sondages, les controverses, les conflits, les gaffes et autres aspects superfétatoires.

-Le cynisme et la désaffection des électeurs ont atteint des niveaux inquiétants et semblent aller en s’accentuant, comme le démontrent les taux élevés d’abstention aux élections.

-La démocatrie participative ne laisse aucune place aux partis politique.

-La démocratie participative est en rupture avec la démocratie élective. Cette dernière établit une profonde séparation entre les gouvernants et les gouvernés: les élus ont le pouvoir d’agir à leur guise durant toute la durée de leur mandat, les électeurs pouvant les sanctionner que pendant les élections suivantes. La démocratie participative, au contraire, invite les gens à s’engager dans l’élaboration et la mise en oeuvre des politiques publiques. Il n’y a plus de fracture entre la société et l’État. Les relations entre l’État, la société civiles (organisations et associations volontaires) et le marché (entreprises) son redéfinies pour créer un véritable partenariat entre tous les intervenants. L’accent est placé sur la bonne gouvernance, c’est-à-dire un ensemble de normes permettant de répondre adéquatement aux besoins de la société.

-Dans ce contexte, le processus de désignation des décideurs officiels que sont les membres de l’Assemblée nationale est moins important que de s’assurer que ces décideurs sont honnêtes, compétents et indépendants des divers groupes d’intérêt. En démocratie participative, les élections font place à une méthode de sélection des dirigeants régie par la société civile.

– Un nouveau type d’association volontaire, les Regroupements pour la bonne gouvernance, est créé pour agir comme acteur principal de la démocratie participative. Les Regroupements mobilisent tous ceux qui s’intéressent aux politiques publiques. Ils sont structurés par domaine d’activités: éducation, santé, sécurité publique, transports, etc.

-L’Assemblée se doit d’être représentative des groupes qui composent la société: hommes et femmes, membres de groupes ethniques, individus provenant de diverses régions et représentants des différents groupes d’âge. Pour respecter ces critères, la sélection finale est effectuée au hasard. De cette façon, toutes les personnes intéressées et compétents ont une chance d’être appelées aux plus hautes fonctions de l’État, peu importe leur situation financière, leur notoriété, leur classe sociale, leur appartenance à une famille connue ou leur sex-appeal. Le pouvoir est placé dans les mains des représentants de la majorité silencieuse.

-Avec la disparition des partis politiques, l’argent ne joue plus le moindre rôle dans le processus politique… Grâce à la démocratie participative, il devient possible de réaliser l’idéal d’Abraham Lincoln, président américain dont le nom est associé à l’abolition de l’esclavage, d’un « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

PARTIE I
Les déficiences de la démocratie élective

-Le philosophe Platon était un des plus âpres détracteurs de la démocratie. Ses objections portaient sur deux principaux points: l’incompétence du peuple et la démagogie. Il croyait qu’il était absurde d’accorder le pouvoir de décision à des gens ne possédant aucune connaissance ou expertise…. Il dénigrait la démocratie en la qualifiant de « théâtrocratie ».

-Au cours de l’histoire, jusqu’à récemment, la plupart des philosophes ont considéré la démocratie comme la domination des masses incultes sur des élites plus dignes du pouvoir. De l’Antiquité jusqu’au XIXème siècle, la démocratie a été perçue comme une forme dangereuse et déficiente de gouvernement. La Rome antique a toujours été dirigée par une oligarchie et le monde occidental a été dominé par des empereurs pendant des siècles.

-La notion de représentativité politique est apparue au Moyen-Âge. On voit alors surgir partout des assemblées représentatives – états généraux, diètes, cortes et chambres des communes. Plusieurs principes qui sont à l’origine de la démocratie vont progressivement s’imposer: les décisions importantes doivent être prises en public; les coutumes ne peuvent être modifiées sans acquiescement; et les taxes extraordinaires ne peuvent être imposées sans le consentement des représentants de ceux qui les paient.

-C’est ainsi qu’en Grande-Bretagne, par exemple, grâce à la Magna Carta de 1215, les aristocrates se sont imposés au roi, puis, tour à tour, les grands propriétaires se sont imposés aux aristocrates, puis les petits propriétaires se sont imposés aux grands propriétaires, jusqu’à ce que l’apparition des syndicats force l’élargissement de l’électorat et permette d’élire des représentants ouvriers.

-Les principes, les valeurs et les institutions nécessaires à l’éclosion de la démocratie ont émergé à la suite de trois révolutions: la Révolution anglaise de 1688, la Révolution américaine de 1776 et la Révolution française de 1789. Ce n’est cependant pas avant le XIXème siècle que les citoyens ont acquis le droit de vote et que les gouvernements démocratiques ont vu le jour. La démocratie telle que nous la connaissons est donc une invention récente.

-Au Canada, à la suite de la Confédération de 1867, le droit de vote fédéral a été régi par les lois de chaque province. Ce droit était alors limité aux  hommes et fondé sur la propriété foncière.

-Le suffrage universel est le principal critère qui, pour la plupart des observateurs, permet de déterminer si un pays est démocratique. La pratique de la démocratie telle qu’on la connaît aujourd’hui exige l’existence d’une autre institution importante, celle des partis politiques.

-Au sein des parlements, il y a toujours eu des factions, des clans, des clubs et des groupements, mais ceux-ci étaient peu organisés et étaient de nature temporaire. En France, durant la Révolution, les partisans du roi étaient placés à la droite du président, tandis que les opposants siégeaient à gauche. En Angleterre, les députés fidèles à la couronne étaient appelés Tories, alors que ceux qui voulaient limiter les pouvoirs du roi étaient appelés Whigs. À la fin du XVIIIème siècle, au parlement britannique, on parlait par exemple du Party attached to Mr Pitts ou du Party attached to Mr Fox.

-C’est l’élargissement du corps électoral qui a provoqué la transformation des groupements politiques en véritables partis. Tans que la représentation parlementaire était un monopole de l’aristocratie, le choix des députés se réduisait à de simples tractations entre notables.

-Pour obtenir l’appui des électeurs, les partis pollitiques ont organisé un système élaboré de patronage. Le système des dépouilles faisait de la vie politique une affaire comme les autres: les organisateurs et les partisans pouvaient, en échange, de leur implication ou de leur vote, obtenir des emplois et des faveurs. Les responsables du patronage étaient en mesure de faire des bénéfices illicites par toutes sortes de stratagèmes liés aux travaux publics et aux contrats accordés par l’État. Grâce à l’alternance des partis au pouvoir, les membres et les sympathisants des principaux partis pouvaient, à tour de rôle, profiter des ressources considérables de l’État.

-Malgré la corruption généralisée qu’il entraînait, le patronage n’avait cependant pas que de mauvais côtés. Aux États-Unis, par exemple, il a permis aux immigrants de s’intégrer plus facilement à la société en incorporant ces derniers dans des réseaux sociaux bien organisés.

-Des lois sur la fonction publique ont réfréné le patronage dans la dotation des emplois et de nouvelles pratiques ont limité le pouvoir discrétionnaire des dirigeants politiques dans l’attribution des contrats et des subventions. Des lois sur le financement des partis politiques et les dépenses électorales ont permis de réduire l’importance de l’argent dans le processus électoral.

-Plusieurs pays, surtout parmi les moins développés, connaissent encore la corruption, le népotisme et la fraude électorale sur une vaste échelle, mais il faut se rappeler qu’ils ne font que suivre le modèle démocratique qui a été le nôtre jusqu’à une époque très lointaine.

La signification du mot démocratie

-Plusieurs attribuent à la démocratie un ensemble de caractéristiques qui font des démocraties occidentales un modèle auquel aspirent tant de gens dans les pays qui en sont dépourvus: un système politique compétitif et multipartisme; des élections régulières au scrutin secret; l’absence de fraude et la sécurité; le suffrage universel; des campagnes politiques ouvertes; la liberté d’association et le droit d’assemblée; l’alternance des partis au pouvoir; un gouvernement soumis à des règles constitutionnelles; le contrôle civil sur la police et l’armée; un État de droit qui respecte et garantit les droit sdes citoyens; une large classe moyenne et une économie de consommation développée.

-Il semble que la démocratie aille de pair avec la richesse: quand l’économie progresse, le taux d’alphabétisation augmente, les communications de masse s’accroisse, le revenu per capital s’élève, l’urbanisation s’accélère et avec elle le développement d’une classe moyenne professionnelle et d’un ensemble d’entrepreneurs. Une population instruite, ou au moins capable de lire, est un prérequis pour la démocratie.

-Le développement économique permet à des segments de la société, particulièrement les gens d’affaires, d’avoir du pouvoir indépendamment de l’État.

-L’histoire démontre que seuls les gouvernements qui taxent leurs citoyens peuvent répondre à leurs besoins et être représentatifs. Le test de légitimité pour un État est la perception des impôts, car celle-ci nécessite non pas d’importantes forces de police, mais une acceptation volontaire des lois. Un gouvernement qui taxe les gens doit leur offrir des services en retour et a l’obligation de rendre compte.

-Le modèle auquel la plupart des gens se réfèrent pour qualifier un État de démocratique est celui de la démocratie libérale.

-Le libéralisme constitutionnel et la démocratie sont deux concepts distincts, qui ne sont pas liés intrinsèquement, mais qui vont de pair dans les démocraties occidentales. Les sauvegardes comme la séparation des pouvoirs et les chartes des droits et libertés empêchent l’accumulation de pouvoirs par les dirigeants et protègent les individus contre l’arbitraire et les abus. Il est bien connu, en effet, que les individus ont tendance à abuser du pouvoir quand ils le détiennent.

-Le libéralisme constitutionnel n’est pas relié au mode de sélection des gouvernants, mais à la tradition, bien ancrée en Occident, de protéger l’autonomie et la dignité des gens contre la coercition, qu’elle provienne de l’État, de l’Église ou de la société.

-Pour les tenants du libéralisme, il importe avant tout de protéger les individus contre les empiètements de l’État dans la sphère privée. L’État, du fait qu’il détient le monopole de la force et de la violence, représente un risque et un danger pour l’individu. Dans ce contexte, les pouvoirs doivent être limités aux activités permettant d’assurer la liberté et la sécurité. Cinq fonctions sont essentielles: assurer l’ordre public; protéger la liberté de commerce en combattant la fraude et les monopoles; garantir le respect des contrats; développer des infrastructures pour favoriser le bon fonctionnement des marchés (communications, éducation, monnaie, banques, etc.); et s’occuper des plus démunis.

– Selon cette conception, le bien public résulte plus naturellement du libre jeu des actions individuelles que de l’action des gouvernements. Cette façon de voir est cependant contestée par ceux qui croient que l’État doit plutôt être un outil pour promouvoir le développement de l’économie et de la société. Ce sont les tenants de la démocratie sociale.

-Des mesures comme l’assurance emploi, les pensions de vieillesse, le salaire minimum, les allocations familiales,  l’assurance santé, l’assurance médicaments, etc. ont graduellement été mises en place. L’État s’est aussi investi dans l’économie en offrant des subventions de toutes sortes et en venant en aide aux entreprises en difficulté. Certains ont qualifié « d’économie mixte » cette conjoncture où l’État intervient largement dans le marché privé.

-La démocratie directe, comme l’a démontré l’expérience athénienne, est impraticable. La seule façon permettant à une démocratie de fonctionner est la délégation de pouvoirs.

-C’est pourquoi on parle de démocratie représentative. Comme les représentants sont élus, on l’appelle aussi démocratie élective. L’élection confère la légitimité aux dirigeants et fait qu’ils sont imputables, car ils peuvent être sanctionnés lors d’une élection.

-Elle consacre, en effet, la séparation entre les gouvernants et les gouvernés.

-Certains estiment même que le fonctionnement efficace d’une démocratie élective exige une certaine part d’apathie et de non implication de la part des citoyens, car autrement le système pourrait s’en trouver paralysé.

-La séparation entre les gouvernants et les gouvernés a pour conséquence de placer l’État au-dessus de la société et de permettre aux dirigeants de dominer le peuple. L’État détient le monopole de la force et a facilement tendance à en abuser de toutes sortes de façons.

-La distance qui existe entre l’État et la société amène naturellement les dirigeant à croire qu’ils peuvent utiliser les biens collectifs à leur guise. Ils ont, en effet, accès à toutes les ressources de l’État et possèdent une très grande marge de manoeuvre. Ils ne se gênent pas pour favoriser leurs amis et supporteurs, travailler à remplir les coffres de leur parti politique et, parfois, en profiter pour s’en mettre dans les poches.

-Le gouvernement n’a plus le monopole des connaissances en ce qui concerne les affaires publiques.

-Déjà lors de la révolte étudiante de 1968 en France, un slogan fréquemment entendu était: « Élections, piège à con ». Un électorat instruit et informé ne peut se satisfaire d’aller voter une fois tous les quatre ans. Les connaissances, les habilités et les ressources politiques des gens les amènent à accroître leur participation aux activités liées à l’action des gouvernements. Les groupes d’intérêt, les mouvements d’action citoyenne et la participation communautaire permettent aux gens de s’impliquer et d’exercer des pressions sur les autorités politiques.

-Les partis politiques ne sont plus le principal moyen pour les gens d’agir politiquement.

La démocratie pour le meilleur et pour le pire

-La démocratie ne constitue pas une garantie de bon gouvernement.

-Des élections dans un État faible ne permettent pas non plus à la démocratie de fonctionner adéquatement. Un État incapable de protéger ses citoyens contre les abus de la police et de l’armée ou d’offrir les services essentiels au bien-être des gens n’est d’aucune utilité. L’exemple d’Haïti illustre cette situation.

-Certains prétendent que la démocratie est devenue une idéologie de classe qui sert à légitimer un système permettant à un petit nombre d’individus de gouverner. Ces derniers imposeraient une doctrine économique fondée sur le libre-échange et la déréglementation permettant aux plus fortunés de s’enrichir continuellement aux dépens des travailleurs. Ceux qui partagent cette façon de voir affirment que les élections n’offrent pas aux citoyens un véritable choix, car, quelque soit le parti au pouvoir, c’est toujours la même classe supérieure qui établit sa domination.

-Plusieurs institutions et organisations non démocratiques fonctionnent tout de même très bien: les familles, les écoles, les églises, les cours de justice, l’armée, les servicess publics et les entreprises pour n’en mentionner que quelques-unes.

-Hong Konk qui, avant d’être rétrocédée à la Chine, bénificiait d’un excellent gouvernement qui n’était d’émocratique en aucune façon.

-Dans les pays qui connaissent de profondes divisions ethniques ou religieuses, il importe de faire précéder les élections d’une assez longue période de transition de façon à développer des institutions civiques et de renforcer la société civile, de créer des partis politiques et des cours de justice et de permettre à l’économie de fonctionner.

-Dans les pays où les conflits ethniques ou religieux sont intenses, la démocratie ne semble pas viable.

-Au cours des cinquante dernières années, presque tous les pays du tiers monde, qui ont réussi à développer leur économie, ont été dirigés par des régimes autoritaires. C’est le cas de Taïwan, de Singapour, du Chili, de la Corée du Sud, de l’Indonésie et de la Chine. Les démocraties, par contre, ont vu leurs réformes compromises par l’obligation d’accorder des traitements de faveur aux groupes politiquement puissants.

– Cependant, il est évident que l’argent est plus que jamais le nerf de la guerre. (Les pays de tradition démocratique)

-Au milieu des années 1950, il y avait 5 000 lobbyistes inscrits à Washington. Il y en a maintenant plus de 34 000 selon Wikipedia. Ces derniers surveillent les moindres faits et gestes des législateurs et mobilisent toutes les ressources dont ils disposent pour défendre leur cause. Il est devenu pratiquement impossible d’éliminer des programmes, même lorsqu’ils sont de toute évidence dépassés, et très difficile d’en créer d’autres. Plus le système s’est ouvert, plus il est tombé sous l’influence des lobbies et de l’argent.

-Les mêmes paradoxes sont apparus lorsqu’on a voulu renforcer la démocratie en donnant plus de pouvoir au peuple au moyen des initiatives populaires.

-Les initiatives populaires ont enlevé le pouvoir aux politiciens pour le donner à une classe toujours plus important de consultants professionnels, de lobbyistes, de sondeurs et d’activistes. Au nom de la démocratie, on a créé un système politique dirigé par une élite cachée qui n’a de comptes à rendre à personne et qui est peu préoccupé par l’intérêt public.

-Le système politique américain est discrédité et de moins en moins de citoyens lui accordent leur confiance. Les institutions qui sont le mieux considérés sont les moins démocratiques, entre autres la Cour suprême, la Réserve fédérale et les Forces armées. On peut donc dire que ce qui contribue au succès d’une institution n’est pas le fait qu’elle soit démocratique, mais sa capacité de prendre des décisions conformes à l’intérêt public.

-Cette situation soulève un problème épineux appelé « le paradoxe de la démocratie ». Si le peuple se prononce clairement pour une mesure, la démocratie exige qu’elle soit mise en oeuvre. Mais si les dirigeants élus croient qu’une telle mesure est manifestement erronée, doivent-ils acquiescer ou s’y opposer? Les politologues prétendent qu’il n’y a pas de solution à ce problème.

-Par exemple, une large majorité de citoyens québécois se prononcent en faveur d’une réduction du rôle de l’État en même temps qu’ils s’opposent à une diminution des services publics. Ils se plaignent que les taxes sont trop élevés, mais ils exigent que le gouvernement consacre plus d’argent à des programmes qui les intéressent. Ils sont très nombreux aussi à favoriser le partage de la richesse, mais un nombre beaucoup moins important préconise la création de richesse. Les trois-quarts des gens sont contre l’euthanasie, mais presque les deux-tiers sont en faveur du suicide assisté. On pourrait multiplier les exemple de ce genre.

-La plupart des gens sont peu ou mal informés malgré le fait que l’information soit abondante et accessible.

-Pour la grande majorité, l’information politique n’est pas une priorité.

-Les politiciens qui se fient aux sondages d’opinion pour prendre des décisions risquent le plus souvent de commettre des erreurs.

-De bonnes décisions en matière de politiques publiques exigent une analyse poussée des faits, une discussion pour départager les aspects importants de ceux qui ne le sont pas, une recherche de solutions possibles et un examen de ces dernières pour retenir celle qui est la plus adéquate. Notre système politique ne permet souvent pas une approche aussi rationnelle de prise de décision.

Les institutions et le vécu démocratique

-En réalité, le premier ministre est, comme tous les députés, élu dans un comté. C’est en sa qualité de chef de parti qui obtient l’appui d’une majorité de membres du parlement, qu’il assume le rôle de premier ministre. Il n’est pas le chef de l’État car, en vertu du système de monarchie constitutionnelle, c’est la reine qui occupe le poste.

-Le système parlementaire est un héritage de la Grande-Bretagne qui est partagé tant par l’État fédéral canadien que par les provinces. Ce système ne fait l’objet d’aucun texte constitutionnel compréhensif. La constitution canadienne est un document archaïque et sommaire qui, par exemple, ne faisait aucune mention du premier ministre avant 1982 et qui ne traite toujours pas de la façon dont ce dernier est nommé et ses pouvoirs.

-La constitution canadienne comprend un certain nombre de règles écrites, des règles édictés par les tribunaux et des conventions constitutionnelles. Ces conventions entrent parfois en conflit avec la lettre de la loi et ne peuvent donc être appliquées par les cours de justice. Les règles constitutionnelles sont informelles et reposent sur des principes et des pratiques instaurées au Royaume-Uni. Leur application repose en bonne partie sur le sens de responsabilités et la retenue de ceux qui exercent le pouvoir politique.

-De nombreux observateurs de la scène politique prétendent que ce système a des failles majeures et ne correspond plus aux besoins d’une société caractérisée par la diffusion du savoir. Plusieurs aspects méritent d’être considérés, en particulier le rôle du premier ministre et celui des députés, les partis politiques, le financement des caisses électorales, la culture du secret et les relations des gouvernants avec l’administration publique.

-Dans le système parlementaire, le premier ministre détient plus de pouvoir que le président d’une république. C’est ainsi que le premier ministre canadien a plus de pouvoir au pays que le président américain n’en a aux États-Unis. En effet, surtout lorsque son parti est majoritaire, le premier ministre contrôle la Chambre des communes, ce que le président ne peut rêver de faire avec le Congrès.

-Le premier ministre a, dans les faits, autant de pouvoir qu’un dictateur. Il détermine les orientations et le programme d’action du gouvernement, décide de l’organisation de l’administration publique, choisit les projets de loi qui seront étudiés et adopté, fixe la date des élections, désigne les ministres et peut les démettre à son bon plaisir, nomme les hauts fonctionnaires, les dirigeants des organismes publics, les membres des conseils d’administration des sociétés d’État, ainsi que les juges des tribunaux administratifs.

-La règle de la solidarité ministérielle consolide le pouvoir du premier ministre sur le Conseil des ministres. Cette règle, non écrite comme bien d’autres, stipule qu’un ministre doit appuyer toute décision prise par le Conseil des ministres ou démissionner.

-Le premier ministre a un ascendant considérable sur le Conseil des ministres. La coutume veut qu’aucun vote ne soit pris au sein de ce dernier. Les décisions se prennent à la majorité, mais comme disait Winston Churchill, « la majorité est formée de tout groupe de ministres qui comprend le premier ministre ». Sous cet angle, la position du premier ministre s’apparente plus à celle du président d’un État qu’à celle du président d’un conseil d’administration.

-L’avènement de la télévision a encore renforcé les pouvoirs du premier ministre, car en lui permettant d’occuper pratiquement seul le devant de la scène, la télévision lui confère une stature et une notoriété inégalées. Il en retire un pouvoir d’influence qui lui permet d’intervenir dans toutes les questions d’intérêt public, même celles qui excèdent l’autorité du gouvernement.

-Sauf quelques rares exceptions, les ministres sont complètement dans l’ombre du premier ministre.

-Le rôle des députés est d’étudier et de voter des lois, de contrôler l’action gouvernementale et l’administration publique et de représenter les électeurs. La discipline de parti empêche cependant les députés d’exercer adéquatement ces fonctions.

-Le contrôle de l’action gouvernementale et de l’administration publique s’exerce au sein des commissions parlementaires et à l’occasion de la période des questions. La partisannerie empêche toutefois les députés de jouer convenablement leur rôle en cette matière. Le système parlementaire repose en effet sur une confrontation permanente entre le parti au pouvoir et les partis d’opposition. Les députés des deux camps cherchent systématiquement à mettre l’adversaire sur la défensive, à tendre des pièges et à asséner des coups bas.

-En ce qui concerne le rôle des députés de représenter leurs électeurs, la discipline de parti s’avère un obstacle majeur à la réalisation de cette tâche. Les députés, en effet, se font élire comme membre d’un parti. Un grand nombre d’électeurs, surtout dans les circonscriptions urbaines, ignorent même le nom de leur député, car ils votent avant tout pour un parti.

-Une fois élu, le député doit allégeance à son parti plus qu’à ses électeurs.

-Il existe, en effet, une règle non écrite sleon laquelle un parti doit paraître uni quelles que soient les circonstances.

-La discipline qu’ils imposent aux élus n’est pas la seule raison pour laquelle les partis politiques ont mauvaise presse. Ils sont le chaînon le plus faible des démocraties.

-À mesure que le niveau d’instruction de la population a augmenté, les manifestations de farouche partisannerie se sont en grande partie estompées. Des tiers partis ont pris plus de place sur l’échiquier politique, ce qui a rendu fréquents les gouvernements minoritaires.

-Ainsi, chez nos voisins du sud, la droite ne comprend pas moins de cinq courants d’opinion:

  • droite économique
    • apologie des mécanismes de marché
    • intervention minimale de l’État dans l’économie
    • libre-échange
  • droite fiscale
    • compression des dépenses publiques
    • allègement de l’appareil de l’État
    • réduction des taxes et des impôts
    • suppression des déficits
    • diminution de la dette publique
  • droite en politique extérieure
    • unilatéralisme
    • interventionnisme
    • accroissement des dépenses militaires
    • action militaire en faveur de la démocratie dans le monde
  • droite sociale
    • politique restrictive en matière d’immigration
    • réglementation minimale des armes à feu
    • resserrement de l’aide sociale pour éviter d’en faire un mode de vie
    • priorité à la sécurité nationale quitte à limiter les libertés individuelles
    • sentences plus sévères pour les criminels incluant la peine de mort
  • droite religieuse et morale
    • opposition à l’avortement
    • refus des mariages homosexuels
    • rejet de la théorie de l’évolution (plaidoyer pour le créationnisme).

-Cependant, étant donné que la politique attire les gens qui ont les opinions les plus tranchées, il y a une tendance à la disparition des partis centristes au profit d’un antagonisme gauche-droite. L’alternance au pouvoir idéologiquement opposés est toutefois peu propice à une bonne gouvernance. Les luttes politiques exacerbées ont pour effet de susciter du désenchantement chez les citoyens et d’éloigner les plus modérés de la politique.

-Le système uninominal à un tour qui est en vigueur tant aux États-Unis qu’au Canada favorise en effet l’hégémonie de deux grands partis et désavantage les tiers partis.

-Deux obstacles majeurs se dressent toutefois devant les changements de mode de scrutin. L’élection de représentants d’un plus grand nombre de partis politiques risque d’entraîner une plus grande instabilité gouvernementale, car il devient plus difficile à un parti d’obtenir une majorité.

-Il importe de souligner aussi que la représentation proportionnelle donne lieu à une série de coalitions qui survivent habituellement peu longtemps et qui, de façon paradoxale, peuvent aller à l’encontre de l’idéal démocratique. Les coalitions ont souvent pour effet d’accorder la balance du pouvoir à un petit parti qui est alors en mesure d’imposer sa volonté sans tenir compte des voeux de la majorité de la population.

-Les parti cherchent à recruter des candidats vedettes et des individus connus du public en tant qu’animateurs de radio ou de télévision, mais rien ne dit que ces personnes sont aptes à la politique.

-Le plus grand reproche qui est fait aux partis politiques est cependant leur obsession pour l’argent. Les pratiques de financement des partis constituent l’aspect le plus déplorable des moeurs politiques.

-La politique est dominée par l’argent, mais on connaît mal les mécanismes selon lesquels l’argent influence les décisions publiques.

-Chose certaine, l’argent possède des moyens innombrables de s’infiltrer dans la politique et, pour cette raison, l’influence corruptrice des caisses électorales est le fléau de la démocratie.

-Les électeurs ne tolèrent la situation que parce qu’ils ignorent toute l’étendue et les ramifications de l’emprise de l’argent dans le fonctionnement du système politique.

-On peut penser que si les gens avaient la chance de percevoir l’iceberg au complet, ils se révolteraient.

-La culture du secret et la pratique du mensonge. Les gouvernements cachent plus d’information qu’ils en transmettent.

-Cacher des documents n’est cependant qu’une contravention mineure aux exigences démocratiques. Le fait que le mensonge soit érigé en système dans le jeu politique partisan constitue un problème beaucoup plus grave. Il y a quelques années, André Pratte, éditorialiste à La Presse, a écrit un livre intitulé « Le syndrome Pinocchio – Essai sur le mensonge en politique ».

-M. Pratte allègue aussi que des pratiques comme la discipline de parti et la solidarité ministérielle sont fondées sur le mensonge, parce qu’elles forcent souvent les politiciens à affirmer le contraire de ce qu’ils pensent. Une politique fondée sur la vérité exigerait des changements majeurs dans la culture du système partisan.

-Il y a plusieurs sortes de mensonges: les omissions, les restrictions mentales, les demi-vérités, les faits sortis de leur contexte et les exagérations. Ces différents types de faussetés sont plus fréquents que les mensonges éhontés, car les politiciens qui les utilisent risquent moins d’être accusés de tromperie.

-Les politiciens ne sont pas les seuls coupables du recours au mensonge dans le langage politique, car un grand nombre d’électeurs peu intéressés et ayant peu de temps à consacrer à la politique préfèrent que les enjeux soient simplifiés au risque de les dénaturer. La vérité est complexe et subtile, alors que le mensonge offre des réponses claires et simplistes.

-Le fait que l’administration publique soit dirigée par des politiciens dont la préoccupation première est de se faire réélire entraîné d’importantes dysfonctions. L’administration publique est constamment tiraillée entre deux exigences divergentes et souvent contradictoires: soutenir les ministres dans leurs objectifs politiques ou se préoccuper avant tout de l’intérêt public.

-La cohabitation du politique et de l’administratif dans l’appareil gouvernemental est cause de tensions continuelles. Ces tensions portent sur la définition de l’intérêt public, la recherche de l’efficacité, l’interprétation des lois et règlements, la pertinence des changements, les critères de décision, la période de temps pour obtenir des résultats et le favoritisme.

-Les ministres considèrent qu’ils ont la légitimité nécessaire pour définir les politiques et les programmes publics, ce qui est tout à fait exact. Mais les fonctionnaires s’attendent à ce que ces politiques et programmes soient déterminés en fonction de l’intérêt public.

-Pour les fonctionnaires, l’efficacité est de réaliser les objectifs fixés; pour un politicien, c’est de gagner l’appui des électeurs. Convaincre les électeurs de l’efficacité des politiques et des services devient un exercice de relations publiques plutôt qu’une démonstration des résultats atteints.

-L’interprétation de la loi et des règlements subit les mêmes tensions. Les ministres aimeraient que les lois et les règlements soient interprétés dans le sens qui correspond à leur programe politique. Ils voudraient que les fonctionnaires fassent montre de flexibilité dans l’application des lois et des règlements, mais du côté des fonctionnaires, on résiste à ces pressions politiques.

-Les politiciens, pour se faire valoir vis-à-vis de leurs électeurs cherchent à proposer toutes sortes de nouvelles idées, de nouveaux programmes et des modifications aux programmes existants. Les fonctionnaires, par contre, préfèrent la continuité. Comme les programmes mettent souvent du temps à produire les résultats attendus, la persévérance est pour eux une vertu.

-Les gens croient que toutes les décisions doivent être justifiées par des considérations objectives, c’est-à-dire légales, économiques, scientifiques ou administratives. Il faut bien reconnaître toutefois que les décisions politiques sont elles aussi objectives, car elles découlent d’une analyse rationnelle des attentes des électeurs.

-Les politiciens doivent afficher des réalisations avant leurs prochaines élections, mais les fonctionnaires voudraient planifier à plus long terme, car il est difficile de résoudre des problèmes complexes rapidement.

-La question qui oppose le plus souvent les fonctionnaires et les politiciens est sans doute celle du favoritisme. Les politiciens se font élire parce qu’ils favorisent leur région et leurs électeurs. Pour eux, le favoritisme est une vertu.

-Un « bon » ministre est celui qui avantage ses électeurs. Les fonctionnaires, par contre, se doivent de mettre tout le monde sur le même pied.

-Cette problématique est examinée dans mon dernier livre intitulé « Les fonctionnaires – Politique, bureaucratie et jeux de pouvoir ». Cet ouvrage présente la fonction publique comme une organisation névrosée et paranoïaque, c’est-à-dire où règnent l’incompréhension, la méfiance et la crainte. Cette situation découle du fait que les décisions prises aux hauts échelons le sont à partir de considérations politiques et que ces décisions apparaissent incompréhensibles aux personnes formées pour décider à partir de critères administratifs, économiques ou scientifiques.

Le marché politique

-Un grand nombre de gens perçoivent la politique comme un marché. Dans ce marché politique, il y a d’un côté des politiciens qui veulent obtenir ou conserver l’appui des électeurs pour exercer le pouvoir et d’un autre côté des individus et des groupes qui désirent diverses faveurs. Chacun recherche son bénéfice et vise la satisfaction de ses besoins. L’intérêt public ressort rarement gagnant d’un tel échange.

-La détermination des programmes de dépenses et les choix en matière de fiscalité dépendent de la concurrence que se font les groups plus ou moins organisés dans la poursuite des faveurs publiques.

-L’État est en mesure d’offrir toutes sortes de bénéfices et de privilèges qui sont fortement convoités: programmes sociaux, emplois, subventions, contrats, mesures protectionnistes, réglementation  et, en matière fiscale, exemptions, déductions, abris et autres dispositions spéciales. Pour obtenir et conserver leurs appuis, les politiciens cherchent d’abord à satisfaire leurs amis politiques, se préoccupent des groupes influents et des intermédiaires capables d’exercer un leadership dans leur entourage et font la cour aux indécis.

-Dans mon livre intitulé « Les rouages du marché politique », je présentais la politique comme un marché où les politiciens et les électeurs agissent suivant la loi de l’offre et de la demande tout comme le font, dans le marché économique, les producteurs et les consommateurs. Cette analogie est toujours vraie.

-Une publication du ministère des Finances du Québec intitulée « Dépenses fiscales » décrit les dépenses fiscales liées au régime d’imposition des particuliers et au régime d’imposition des sociétés. Cette publication de plus de 170 pages, dont l’index compte à elle seule 17 pages, présente une liste de centaines d’exceptions aux règles fiscales.

-On a peine à imaginer l’ampleur du lobbying et les milliers d’heures de travail de fonctionnaires qui se cachent derrière ces nombreuses règles d’exception. Les gens bien au fait de cette situation prétendent qu’une utilisation aussi arbitraire du régime fiscal au bénéfice d’intérêts particuliers dépasse les bornes et qu’il faudrait y mettre fin.

-Ce sont les groupes les plus habiles à exercer des pressions politiques qui arrivent à soutirer le plus de bénéfices de l’État. Ils le font en mobilisant leurs membres, en influant sur l’opinion publique et en contribuant aux caisses électorales. Les syndicats et les entreprises comptent parmi ceux qui savent le mieux tirer leur épingle du jeu.

-D’autres groupes sont aussi très puissants politiquement. Mentionnons les personnes âgées qui sont bien organisées, ont de bons lobbies et votent en proportion plus grande que le reste de la population. Les fonctionnaires et autres employés de l’État ont aussi un poids politique plus considérable que celui des électeurs parce qu’ils détiennent une position stratégique sur l’échiquier politique, qu’ils votent plus que la moyenne et exercent plus d’influence que d’autres sur leur entourage.

-Le marché politique a un impact profond sur le fonctionnement du système démocratique et cet impact est le plus souvent négatif.

-Cependant, en politique, ce sont les groupes les plus puissants qui détiennent le pouvoir, c’est-à-dire ceux qui peuvent se payer des lobbyistes professionnels et des experts en relations publiques, qui sont en mesure d’influer sur l’opinion publique et qui contribuent aux caisses électorales des partis politiques.

-Des sommes considérables sont dépensés par les groupes d’intérêt pour réaliser des activités de lobbying auprès des élus et de l’administration publique. Aux États-Unis, le magaxine Time (numéro du 12 juillet 2010) évalue ces sommes à 3,5 milliards.

-Qui plus est, les deux tiers de l’accroissement des revenus fiscaux proviennent non pas de l’imposition de nouveaux impôts ou de nouvelles taxes ni de l’élévation des barèmes établis, mais de la seule croissance des revenus des contribuables.

-À preuve, 40% des contribuables québécois ne paient aucun impôt sur le revenu. Cependant, comme il y a relativement peu de riches, le transfert net de richesse au profit des pauvres n’est pas énorme. L’action de l’État se traduit surtout par un transfert d’argent de la classe moyenne vers cettte même classe moyenne. Comme les coûts administratifs de ce brassage d’argent sont exorbitants, il n’est pas certain que beaucoup de gens en ressortent gagnants.

-L’alourdissement fiscal comprime en effet l’offre tout autant que la demande. Il exerce un effet négatif sur les incitations à travailler, à épargner, à investir, à prendre des risques, bref, à produire de la richesse.

Les élections

-Le plus souvent, les élections portent sur la personnalité des chefs que sur des enjeux précis. De plus en plus, elles sont devenues des campagnes d’images où les techniques de marketing prennent beaucoup plus de place que les débats sur les enjeux.

-Un bon nombre d’électeurs marginalement intéressés par la politique ont tendance à juger les chefs de partis à partir de leur performance dans les débats télévisés, quand ce n’est pas lors d’entrevues dans des émissions de divertissement comme Tout le monde en parle.

-L’ascendant qu’ont les experts en communication lorsqu’il s’agit d’élaborer les plateformes électorales à la veille des élections est un élément de frustration important pour bien des membres des partis politiques. En effet, les articles de programmes concoctés par les militants lors des congrès politiques sont le plus souvent mis de côté au profit de thèmes plus populaires auprès des électeurs.

-Le Parti républicain aux États-Unis utilise le logiciel VoterVault pour constituer une banque de données provenant de sources différentes afin d’obtenir des informations sur  divers groupes d’électeurs. Les conservateurs britanniques, conscients de l’efficacité de ce logiciel, l’ont récemment adopté. Trois groupes cibles retiennent surtout l’attention des partis: les électeurs qui les ont favorisés dans le passé, mais qui hésitent à aller voter; les indécis qui iront certainement voter et les indécis qui sont susceptibles d’aller voter.

-Une autre tendance provenant des États-Unis qui a commencé à s’implanter au Canada, est celle de la publicité négative.

-Les politiciens font appel aux émotions et aux passions des gens pour obtenir leur appui. La réthorique politique exploite des paroles persuasives et mobilisatrices comme les slogans, les images et la caricature de l’adversaire. Les partis politiques font porter leurs efforts de persuasion sur les électeurs indécis. Ceux-ci sont le plus souvent les individus les moins informés, les moins intéressés et les moins impliqués. C’est sur ce type d’électeurs que la rhétorique politique a le plus d’impact.

-Il ne faut pas se surprendre que l’attention des gens durant les campagnes électorales porte non pas sur les politiques publiques, mais plutôt sur le spectacle politique comme les affrontements entre les chefs de partis, les attaques personnelles, les gaffes des candidats et autre anecdotes semblables. Les médias consacrent, entre autres, beaucoup de temps à discuter des résultats de sondages électoraux au lieu de traiter des enjeux politiques et autres questions de fond.

-L’enjeu de l’élection est important, mais l’impact de chacun des votes pris individuellement est infime. Chaque électeur sait très bien que son vote ne fait aucune différence, car le résultat aurait été le même qu’il soit allé voter ou non. Dans un bon nombre de comtés d’ailleurs, les jeux sont fait bien avant la date des élections, le même parti l’emportant toujours de larges majorités.

-Le citoyen, sachant que son vote n’est jamais décisif dans un scrutin  majoritaire, peut choisir très rationnellement de ne pas investir son temps et son énergie à aller voter. C’est d’ailleurs ce que font bien des gens, ce qui explique les forts taux d’abstention constatés.

-Comme les électeurs les plus partisans sont les plus susceptibles d’aller voter, contrairement aux indépendants qui sont mois portés à le faire, les taux de participation étaient plus élevés à l’époque où les électeurs étaient fortement polarisés.

-L’appartenance politique est maintenant beaucoup plus faible qu’auparavant, mais la plupart des électeurs font encore un choix pour ou contre un parti politique.

-Le choix de l’électeur peut être dicté par bien des considérations: vote pour un chef de parti considéré sympathique, appui à un candidat local, vote pour un élément précis d’un programme politique, opposition à une politique ou simplement une volonté de changement. Certains électeurs fonds des calculs et optent pour un vote dit « stratégique » en appuyant le parti qui a le plus de chance de l’emporter sur un autre…

-« les campagnes sont l’occasion d’acheter les électeurs avec leur propre argent » – Jeffrey Simpson

-Dans le passé, les électeurs étaient fortement influencés par les élites locales, des gens plus influents et mieux informés qui se servaient de leur prestige pour guider les choix des individus. Maintenant que ces élites ont perdu beaucoup de leur ascendant, ce sont les médias d’information, en particulier la télévision, qui occupent presque toute la scène politique.

L’influence des médias

-Comme toutes les entreprises en compétition avec des rivales, les entreprises de presse cherchent à accroître leur clientèle. Elles le font en offrant à leurs clients ce qu’ils désirent, ce qui se vend le mieux. Leurs choix sont dictés en bonne partie non par des critères politiques, mais par des impératifs économiques.

-Une grande partie des médias est contrôlée par des groupes puissants et la concentration de la presse s’accroît sans cesse. Les dirigeants de ces groupes ont des valeurs à défendre et des intérêts à protéger. Ils se gardent bien d’effectuer des interventions directes dans le contenu de l’information, mais leur influence, bien que subtile, n’en est pas moins considérable. Ils l’exercent par la sélection de cadres qui partagent leurs vues et en faisant en sorte que les rédacteurs et les journalistes intériorisent les critères définissant ce qu’est une information valable.

-Parce que les propriétaires font partie d’une élite qui a tout à gagner de la préservation des systèmes économiques et politiques existants, les médias appuient le statu quo. Ils ont tendance à considérer qu’un consensus existe sur la légitimité du système et des leaders politiques et que les défis à l’ordre établi sont irrationnels, non représentatifs et constituent une menace pour la majorité.

-La presse ne cherche pas à faire oeuvre éducative. Elle se contente de rapporter les nouvelles au jour le jour sans assurer de continuité parmi les sujets sélectionnés et sans situer les événements dans leur contexte. On cherche la nouveauté, ce qui est susceptible d’attirer l’attention, sans se préoccuper d’expliquer et de s’assurer que les gens comprennent la signification des événements.

-L’importance est surtout accordée aux trois « c »: les catastrophes, les crimes et les célébrités.

-Les nouvelles politiques se voient accorder une place secondaire et portent particulièrement sur les rivalités, les conflits et ce qui se personnalise facilement. La politique est présentée comme une guerre entre leaders, une lutte de clans et une compétition féroce entre les partis. C’est le spectacle plutôt que les enjeux de fond qui retiennent l’attention. Les sujets sont traités de façon superficielle et peu d’éléments sont fournis pour permettre d’en analyser la signification.

-Avec le câble et Internet, le public dispose d’une offre illimitée, ce qui fait que seuls les citoyens vraiment intéressés aux nouvelles politiques leur consacrent de l’attention.

-Il n’en reste pas moins que les personnes intéressés par la politique disposent d’une panoplie inépuisable de sources d’information: revues spécialisées, livres, documents produits par l’État, les universités ainsi que les groupes de recherche et, spécialement, Internet.

-Les politiciens qui réussissent sont ceux qui savent utiliser la télévision. Il est indispensable de bien passer à l’écran; l’habilité à projeter son image est d’une importance cruciale. Les talents d’acteur sont plus importants que la compétence pour établir sa crédibilité.

-L’aisance dans le discours, la capacité de démontrer de la conviction, le sens de l’humour, la vivacité des réparties, le sens du spectacle, l’apparence physique, un air sympathique et chaleureux, tout cela est plus important que l’expérience, les connaissances et le jugement pour obtenir l’appui des électeurs.

-La manipulation des médias par les politiciens, en particulier par ceux qui sont au pouvoir, a été érigée en système: on l’appelle la gestion des médias.

-Les gouvernements sont aussi les plus gros utilisateurs de publicité payée au pays. Certains voient cette publicité comme un bon moyen d’informer les citoyens sur les programmes gouvernementaux, alors que d’autres la qualifient de propagande servant les fins du parti au pouvoir.

-La démocratie, telle qu’on la connaît de nos jours, est bien loin de l’idéal auquel rêvaient les révolutionnaires anglais, français et américains aux XVIIème et XVIIIème siècles. Si ces derniers pouvaient aujourd’hui observer la réalité des partis politiques, des campagnes électorales, de l’influence de l’argent, de la publicité à la télévision et des autres manifestations de la démocratie de manipulation, ils ne reconnaîtraient pas le système qu’ils mirent tant d’efforts à construire. Ils seraient sans doute aussi cyniques qu’un grand nombre d’électeurs.

-La préoccupation des partis pour le financement, les interventions des intérêts spéciaux et l’action des lobbies ont discrédité le système aux yeux des citoyens. Moins de gens assistent maintenant aux réunions politiques, travaillent pour un parti ou participent activement aux campagnes électorales. La désaffection politique a un effet pervers: comme peu de gens contribuent aux caisses de partis, ceux-ci sont forcés de recourir à des moyens de financement illicite.

-Les citoyens ne croient pas que les gouvernements agissent en fonction de l’intérêt général. Ils les perçoivent comme étant à la solde des groupes d’intérêt puissants.

-Ceux qui n’exercent pas leur droit de vote n’ont pas tous les mêmes raisons de le faire. On peut diviser les abstentionnistes en trois catégories: les ignares, les ignares contrits et les politiquement cyniques.

-Les ignares sont ceux qui ne veulent rien savoir de la politique

-Les ignares contrits sont des gens habituellement instruits, mais qui évitent l’information politique.

-Les jeunes forment le groupe d’électeurs les plus apathiques.

-Il arrive cependant aux jeunes de se mobiliser pour une action politique autour de thèmes comme l’environnement, l’aide internationale et les droits des animaux, mais cette action s’exerce à l’extérieur des partis.

-À mesure qu’ils vieillissent, ils acquièrent des responsabilités sociales et économiques, ils deviennent des propriétaires et des contribuables, leurs enfants vont à l’école et ils peuvent bénéficier de divers programmes sociaux. C’est ce qui explique que l’intérêt pour la politique aille en augmentant avec l’âge.

-La démocratie élective a de moins en moins de crédibilité. Le plus grand danger auquel elle fait face est d’être tout à fait discréditée

-Ce phénomène n’est pas sans précédent: entre les deux guerres mondiales du XXème siècle en Europe, des démagogues se sont emparés du pouvoir en se fondant sur le désenchantement des gens envers la démocratie et ont ouvert la porte au racisme et au nazisme. Le communisme a aussi représenté une alternative aux peuples déçus de la démocratie. Aucune nation n’est à l’abris d’un leader charismatique dépourvu de fibre démocratique capable de tabler sur l’aversion des gens envers la politique pour entraîner dans des avenus où ils se retrouveraient rapidement piégés.

Deux ouvrages de réflexion pour réinventer la démocratie:

– Jean Laliberté, « Réinventer la démocratie. Pour une démocratie participative sans partis politiques et sans élections, Les Éditions du Septentrion, août 2011.
– Roméo Bouchard, « Constituer le Québec », Atelier 10, 2014

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